L’Ecole au cœur d’un projet de société.
1) Etat des lieux : Service minimum d’éducation pour la droite.
Alors que l’ensemble des services publics est mis à mal, l’Ecole subit tout spécialement le choc des décisions budgétaires inquiétantes pour l’avenir de nos enfants : coupes sombres dans les effectifs enseignants, suppression de la classe le samedi matin, modification des programmes scolaires dans le primaire, remise en cause du principe de mixité sociale, etc.
Si ces choix sont guidés par une politique publique de restrictions budgétaires, il ne faut pas occulter le contenu des réformes de la droite qui répond à une idéologie bien marquée : celle des libéraux. Elle consiste à organiser une éducation au rabais pour tous. Seuls les plus méritants montent en haut de l ’échelle laissant à l’effort individuel une place centrale. Cette politique ne vise pas à combattre les inégalités sociales et culturelles de départ mais permet juste à chacun de tenter sa chance comme si l’éducation de nos enfants pouvait se jouer sur une partie de loto.
Ainsi, la droite met en place un service minimum d’éducation pour tous. Les meilleurs emprunterons la voie des études longues et constituerons les élites de demain, pendant que les autres resterons sur le bord du chemin. Parmi les meilleurs, les enfants issus des familles les plus aisées dont le capital culturel leur permet de progresser sans difficultés majeures et une poignée de « survivants » du système scolaire, issus des catégories sociales défavorisées qui par leur force de caractère, le soutien plus important de leurs familles ou la rencontre d’un professeur plus attentif, s’en sortiront. Ces derniers seront aidés et montrés en exemple, ils prouvent que « tout est possible ». Les dernières mesures du gouvernement sont significatives de ce point de vue.
- La réforme des programmes d’abord qui prône un recentrage sur les fondamentaux en oubliant l’ouverture culturelle, l’apprentissage de l’autonomie ou le développement de la curiosité.
- La réorganisation du temps scolaire ensuite avec la suppression du samedi matin en échange des heures de soutiens pour les élèves en difficultés. Derrière les bons sentiments et les effets d’annonce sur le soutien scolaire, l’Etat se désengage du temps scolaire. Moins d’école, moins d’encadrant mais des journées à rallonge pour les enfants les plus en difficulté… La France est un des pays d’Europe où les enfants passent le moins de jours à l’Ecole mais où, en revanche, ils passent le plus d’heures chaque jour en classe. Quelle vertu pédagogique peut-il y avoir à essayer de mobiliser l’attention d’un enfant pendant six heures par jour dans un processus d’enseignement ?
- Enfin, autres mesures significatives de la droite, la remise en cause de la mixité sociale avec la suppression annoncée de la carte scolaire. Les établissements considérés comme les moins «attrayants» subiront à terme de plein fouet la mise en place de ces mesures. A la concurrence entre le public et le privé, la droite en ajoute une à l’intérieur du public. Quand au «busing» qui consiste à proposer à quelques élèves d’un quartier de se rendre dans un établissement plus «coté», comment ne pas percevoir les conséquences pour la plupart des élèves qui ne bénéficient pas de cette mesure et dont les établissements scolaires seront laissés à l’abandon.
Cette idéologie qui veut faire de la réussite de quelques uns un prétexte pour ne pas changer un système qui fait réussir les enfants issus des familles les plus aisées et qui laisse à chaque individu la responsabilité de son propre échec doit être combattue haut et fort par les socialistes.
Nous ne pouvons pas nous contenter de dénoncer la baisse sans précédent du nombre de poste, nous devons décortiquer ces réformes et mettre en lumière l’idéologie qu’elles incarnent. Analyser et qualifier clairement le projet de la droite pour s’y opposer fermement constitue une première étape déterminante. Alors, les socialistes pourront renouer avec un projet éducatif ambitieux.
2) Notre projet : l’Education moteur de l’égalité sociale.
La seconde étape consiste à déterminer quelles sont les finalités de l’éducation pour les socialistes. Eduquer d’abord, le citoyen du 21ème siècle comme une personne consciente de ses droits et de ses devoirs, ouverte sur les autres et autonome dans ses jugements. Former le futur travailleur, ensuite, le qualifier en lui donnant les outils qui lui permettent de s’adapter aux innovations technologiques. Relancer l’ascenseur social enfin, en démocratisant l’école. Si le système scolaire s’est massifié, la démocratisation est en panne. C’est ce défi auquel doivent répondre les socialistes.
Pour la réussite de tous, le PS doit proposer des leviers pour transformer le système éducatif :
- La méthode pour réformer l’Ecole : Un vaste chantier de concertation avec les acteurs de l’Ecole.
Parmi eux, les enseignants ne peuvent plus être considérés comme des privilégiés qui prônent le statut quo. Il faut s’appuyer sur leurs expériences, sur les innovations pédagogiques qu’ils mènent et bien sûr revaloriser leur statut. La revalorisation des salaires des enseignants est un préalable indispensable si nous voulons changer la donne dans l’Ecole. La valorisation du métier d’enseignant doit refaire son entrée dans la parole socialiste. De ce point de vue, l’abrogation de la loi instituant un service minimum d’accueil doit être un mot d’ordre pour les socialistes. Derrière le discours affiché d’un nouveau service pour les familles, cette loi remet en cause le droit de grève et vise à opposer les enseignants aux parents, les fonctionnaires d’Etat aux fonctionnaires territoriaux.
- Développer la scolarisation dès 2 ans.
Toutes les études montrent qu’une scolarisation dès 2 ans permet de réduire les inégalités de départ. Les contours d’un service public de la petite enfance avec un objectif de 80% des enfants scolarisés dés 2 ans et le développement des modes collectifs de gardes avant 2 ans doit être dessiné.
- Une pédagogie différenciée à toutes les étapes de la scolarité.
Sur le modèle des RASED (Réseau d’Aide Spécialisée aux Elèves en Difficulté) aujourd’hui asphyxié par la droite, la pédagogie doit permettre à chacun de progresser à son rythme et selon ses besoins. Cela a pour conséquence de revenir sur les suppressions de postes et de favoriser les cours en petits groupes de l’école primaire au lycée.
- Une qualification pour tous :
Il faut inscrire dans la loi l‘objectif de 100% de jeunes qualifiés à la sortie du système éducatif. A chaque niveau de sortie doit correspondre un niveau de qualification.
- Favoriser la mixité sociale et le vivre ensemble
La carte scolaire doit être un outil de régulation qui peut combiner intérêt de l’enfant et mixité sociale. Une stratégie de reconquête des établissements publics en perte de vitesse ou considérés comme des ghettos doit être mise en place. Elle peut se traduire par une mise en œuvre combinée des périmètres scolaires, de l’offre des options et l’aide accrue aux collèges en difficulté avec comme objectif l’égalité sur le territoire. De ce point de vue, l’outil de la ZEP doit être actualisé et les moyens donnés augmentés.
- Renforcer les activités périscolaires :
Activités artistiques, culturelles et sportives doivent être développés avec une impulsion de l’Etat. Elles sont un facteur de « bien être » pour les jeunes et d’ouverture d’esprit. Surtout, elles sont aussi un facteur essentiel de réussite scolaire notamment pour les jeunes des milieux défavorisés.
Clairs sur les finalités de l’Ecole, ambitieux sur les leviers prioritaires à mettre en œuvre, les socialistes pourront faire de l’Education un élément moteur de l’égalité au centre de leur projet.
Tania ASSOULINE, Section de Bagnolet, Bureau Fédéral